C’est le cœur lourd que toute la famille quitte Vienne après une semaine comme elle est arrivée : en suivant le Danube. Une semaine privilégiée où les cousins nous font découvrir leur chez eux depuis 10 ans maintenant. Il n’y aura donc pas eu de visite de musée ni de café viennois mais la sortie d’école du lycée français et la fête à la kiga (garderie) ! Les filles regardent admiratives ces petits bonhommes qui leur traduisent tout ce qu’on entend ou voit autour de nous et qui trottinent dans les couloirs du métro toujours en quête d’un but qu’on simule de marquer. Oubliez donc Sisi et les valses de Vienne et écoutez donc à la place Gut Genug (https://www.youtube.com/watch?v=0GnA8VYOfko), c’est la musique qui aura tourné en boucle tout notre séjour !
On laisse volontiers France et sa cousine, Mahault, jouer à la tyrolienne dans les nombreuses aires de jeux pour ne pas louper le goûter au pain turque : sorte d’énorme galette moelleuse qui va à merveille avec le nutella.
Cette fois-ci c’est la balançoire que Maxime nous surprend à faire fonctionner seule.
Vienne est une belle ville, un peu endormie, que Marine et Benjamin nous racontent au restaurant (grâce à Anouk, la baby-sitter) ou le soir en rentrant du travail. Cette cohabitation généreuse à 12 dans leur appartement nous permet aussi de nous re-synchroniser avec la vraie vie : école intensive car il y a un peu de relâchement. Évidemment, pour fêter la fin de la semaine, difficile d’échapper à un petit tour au Prater, grand parc d’attraction de Vienne.
Ils nous font aussi découvrir la bande dessinée d’Isabelle Del Real qui est partie de Bretagne à vélo et qui a roulé vers Téhéran : « Plouhéran ». C’est une aventure bien différente mais on s’amuse à retrouver racontées des sensations qui nous sont franchement vraiment familières. Celle des départs difficiles quand on s’arrête longtemps quelque-part. Celles de la peur de la bête du Gévaudan dans les nuits de camping sauvage pour mieux en rire le lendemain au réveil et de se jurer que non on ne nous y reprendra plus la nuit prochaine. Il y a que nous vivons des vies «encapsulées », comme dirait Pascal Chabot, dans un confort inégalé mais complètement isolées de la nature qui nous entoure alors nous retrouver comme ça nécessite parfois un peu d’effort.
Un effort salutaire.
En allemand vin se dit wein, le jeu de mot est tout trouvé pour raconter notre week end car si Vienne (Wien) est construite sur un plateau, elle est entourée par des collines où pousse du raisin. Alors, à cette saison, quand il fait encore beau et que les vendanges sont faites, s’improvisent des petits bars champêtres entre les pieds des vignes et accessibles en métro. Un dernier excellent souvenir de cette halte.
Gut genug, ça veut dire c’est assez et il faut donc repartir car on a encore du chemin à découvrir et de nouvelles aventures à vivre. Comme un bon présage il fait très beau et c’est ce même soleil que nous aurons eu sans interruption depuis 1 mois maintenant. Finalement c’est presque comme si c’est maintenant en octobre qu’on vit notre été. La sortie de Vienne surprend un peu les filles car certaines parties des berges sont nudistes et quand c’est un cycliste tout nu qui passe devant elles, alors là c’est vraiment trop gênant et marrant en même temps.
A part le samedi et le dimanche assez peu de monde sur la route. Le Danube étant à un niveau historiquement bas il n’y a pas de trafic de péniche sur le fleuve ni de croisière touristique…. On est donc pas mal isolés dans cette nature avec camping sauvage le long du fleuve. Souvent les affluents sont complètement à sec et on pense comme l’été a dû être chaud ici. Pensées pour Aurore et Marc, nos amis qui ont dû écourter leur voyage à vélo cet été à cause de cette canicule. Deux jours après avoir quitté Vienne, on rentre en Slovaquie et on contourne au loin Bratislava. Quelques heures plus tard on rentre en Hongrie, 3 pays le même jour. Notre premier stop Hongrois se fera dans le camping du village de Rajka, où grâce à Suzanne nous avons pu vérifier par un simple aller-retour en voiture qu’il était bien ouvert avant de s’engager à vélo dans la campagne à la tombée de la nuit. Finalement, le Danube nous fera repasser en Slovaquie deux jours plus tard : Veľký Lél puis Moča dans le jardin de Monica et Vlado qui nous accueillent avec un verre de « disinfection » comme ils disent. C’est en fait de la pàlenka, sorte d’eau de vie faite à base de fruits qu’on est toujours très fiers de nous présenter comme une fabrication maison. Un peu la course au titrage 48, 50 une fois même 52 degrés ! Ça donne de la force pour monter la tente. Puis Sturovo, Chl’aba. Toujours un peu les mêmes paysages avec d’un côté le Danube bien silencieux et de l’autre ces gigantesques champs qui n’ont pas grand chose de comparable avec du bocage breton. Les tracteurs grattent le sol pour préparer la terre en attendant la pluie, mais qu’est-ce que la terre est dure ! Cécile réussit l’exploit de casser en deux une sardine à force de vouloir l’enfoncer dans le sol. Les filles jouent avec les épis de maïs desséchés comme des micros, un coup animatrices radio un coup chanteuses.
Et puis c’est le retour en Hongrie juste avant Vác. Ce jour-là on fête les 13 ans de Jeanne dans une gargote au bord du Danube. Les tenanciers prennent le temps de nous faire découvrir des plats traditionnels que toute la famille apprécie : Palócleves (mélange de légumes et de viande dans une soupe qui ressemble à un bouillon) et Székelykaposzta (ragout de chou fermenté et de saucisse). Premier constat de Français prétentieux (ce qui est, il faut bien le dire, la réputation que nous avons chez nos voisins européens) : c’est un pays loin d’être à la traîne en terme de développement et le coût de la vie y est absolument comparable à celui de la France.
N’empêche c’est vraiment un nouveau pays : déjà la langue y est très différente et pour cause aucune autre langue n’a des bases communes avec le hongrois, excepté un peu le finlandais. Que vous soyez slave, germanique ou roman vous ne trouverez aucune transparence dans les mots avec le hongrois. Cet isolement linguistique associé à une histoire contemporaine marquée par des défaites et donc des pertes de territoire amène même certains à dire qu’il y a un peu de mélancolie dans la psyché nationale. Mais cet état d’esprit est balancé par une grande richesse intérieure et ça se sent. La Hongrie présente l’une des plus fortes proportions de prix Nobel par habitant. Il faut être hongrois pour avoir inventé le Rubik’s cube. Le passage en Hongrie ne change pas grand-chose à la qualité des pistes cyclables jusqu’à Budapest.
Tous les soirs nous enchaînons des nuits de camping sauvage avec feu de camp le long du Danube et arrivés à Budapest, cela fait quatre jours que nous ne sommes pas lavés ! Justement l’arrivée à Budapest est extraordinaire parce que le Danube fait un coude juste avant et la ville se laisse découvrir finalement par surprise. D’abord c’est la partie montagneuse que l’on voit, Buda et son château en hauteur. Puis d’un seul coup au détour d’un virage, on voit l’autre côté de la ville, Pest. Et là c’est grandiose car le parlement est spectaculaire. L’arrivée en ville est douce, pas de grands axes routiers mais toujours ces bords de Danube que nous longeons un dimanche et donc bondés de Budapestois en balade à pied où à vélo à profiter du soleil. Au détour d’un carrefour, nous faisons la connaissance de Denis qui vient de Nantes, mais qui habite ici depuis plus d’une dizaine d’années. Il promène son fils avec son vélo qui fait déjà bien envie à Maxime. Rendez-vous est donné le lendemain et c’est par Denis et grâce à son cercle d’amis à l’aire de jeux d’enfants que nous en apprenons plus sur ce pays. Finalement, l’histoire récente ici est comparable à celle de la République Tchèque avec une quarantaine d’année de communisme à la sortie de la seconde guerre mondiale et des répressions violentes qui laissent un souvenir douloureux de cette période. Par contre, ici il n’y a pas eu de bascule de régime par la révolution : les élites communistes ont su sentir le vent du boulet et appliquer avant qu’il ne soit trop tard les réformes et ouvertures nécessaires. Denis nous donne aussi de bonnes adresses de sites à visiter et de restaurants très sympathiques. À la fin du communisme, l’immobilier étant relativement peu cher, de grands bâtiments ont été achetés et laissés en l’état pour être transformés en resto ou café. Ce sont les fameuses Romkocsmák ou ruine-bars. On trouve ça vraiment rigolo et déglingué-joli (on pourrait aussi dire bobo).
L’appartement que nous louons est super, idéal pour une pause bien méritée de quatre jours et de douches ! On fait l’école, et on visite l’après-midi.
La ville est vraiment magnifique. Au niveau boissons, il faut raconter comment les hongrois sont fans des boissons gazeuses. Souvent d’ailleurs l’eau est produite à partir d’un siphon comme on en voyait dans le temps dans les bistrots en France et cette eau gazeuse est pour les adultes souvent coupée avec du vin blanc. Ça s’appelle un Fröccs. C’est très désaltérant. On choisit la proportion de vin par rapport à la proportion d’eau et on ne rigole pas avec ça. Chaque proportion a un nom bien à elle. Le vin est de bonne qualité. La limonade aussi est excellente. Rigolo de voir ces vieux objets d’antan qui ont bien une utilisation quotidienne. La cuisine aussi est délicieuse, le pain, rien à dire. De nombreuses spécialités culinaires à base de choux, c’est souvent très fin. Finalement, de tous les pays traversés depuis le début de ce voyage, la Hongrie est peut-être l’un de ceux pour lequel la cuisine est si différente, et si délicieuse.
Un après midi, on profite d’une autre spécialité de la ville. On va lézarder au soleil dans une piscine extérieure à 32 degrés avec fontaines rafraîchissantes au milieu. On soigne notre culpabilité écologique car l’eau vient de sources chaudes à 68 degrés coupées à l’eau froide. Pendant ce temps, à tour de rôle, car elles sont réservées aux adultes, les parents vont profiter des mêmes eaux plus chaudes dans d’autres bassins et ça fait du bien : Cécile s’endort même dedans ! La nuit qui suit est lourde pour tous.
Pour finir, nous repartons vers le sud, et là, même s’il reste encore beaucoup de pistes cyclables, on voit bien que c’est moins touristique. On commence à voir les premières charettes sur la route. Partout des chiens qui aboient le jour comme la nuit comme un bruit de fond mais sont toujours derrière le portail ou attachés à une chaîne. Ça se balkanise. Les plus jeunes tuent le temps en s’amusant à faire des acrobaties avec leurs trottinettes électriques. On ne fait plus nos courses dans des supermarchés mais plutôt dans les nombreuses supérettes des villages. Ici, les rustines de vélo s’achètent à l’unité ce qui nous est bien utile car depuis le début de notre entrée en Hongrie on a crevé une dizaine de fois ! Sur la route, quand il faut remplir les gourdes, c’est une fontaine au coin des rues qu’on actionne à la main comme il y en avait chez les grands-parents pour faire remonter l’eau. Très peu de monde sur la route, mais maintenant tous les cyclotouristes que nous croisons sont des voyageurs au long cours. Un soir, à Rackeve, on rencontre un couple d’anglais : Georgie et John qui partent pour la Chine en suivant un itinéraire proposé par Google IA. Ils ont une cinquantaine d’années, n’ont plus d’enfants à charge et ont deux ans devant eux. Plus loin une rencontre saisissante avec un groupe de quatre sud-africains de plus de 70 ans (1 femme et 3 hommes) qui roulent vers la Grèce depuis Munich : la classe ! On sera heureux de les retrouver au camping de Baja pour une soirée partagée autour de nos tentes. Maxime n’a de cesse d’aller solliciter ces grands-parents de remplacement. On passe de supers moments entre cyclistes. Presque toujours camping sauvage avec le feu de camp et les automatismes appris en Scandinavie cet été nous aident bien. On a la chance d’avoir une météo toujours aussi clémente avec un pédalage très agréable, même si les températures se sont un peu adoucies. Le matin il fait froid maintenant mais rapidement on se réchauffe dans la journée ! Le vrai sujet c’est le raccourcissement des jours car dès 18h15 il fait nuit noire, il faut donc nous organiser différemment. L’important est de trouver ou planter la tente avant la nuit.
Un soir in-extremis avant le coucher du soleil, à Solt, Katarina et Laslo nous ouvrent les portes de leur jardin comme on reçoit des petits enfants. Laslo est un fin pêcheur, il s’y connait en camping et nous aide à cuisiner les saucisses qu’il est allé acheter pour nous. Le lendemain, distribution d’étrennes : 20 000 forints (50 euros) qu’il nous demande de dépenser pour les enfants.
Vous aurez sûrement du mal à nous croire, mais la Hongrie est le troisième pays d’Europe en terme de pistes cyclables (derrière la Hollande et le Danemark). Pourquoi ? car la Hongrie est un pays plat et il n’y a pas eu ici de fabricant national de voiture qui a démantelé le réseau des routes vélos. Les gens ont gardé l’habitude de beaucoup se déplacer à vélo et ce n’est pas un cyclisme de sport ou de farniente, mais bien du vélo utilitaire.
Une dernière nuit le long du Danube avant Mohács et nous voilà aux portes de la Serbie.











Vienne, Prater, les vignes…








Sortie de Vienne, entrée en Slovaquie, Bratislava







Hongrie : Rajka, Ásványráró puis retour en Slovaquie : Veľký Lel




Slovaquie : Moča chez Monica et Vlado, Štúrovo




Slovaquie : camping sauvage entre Štúrovo et Chl’aba








Retour en Hongrie : Vác. Joyeux Anniversaire Jeanne !



Szentendre














Budapest







Sortie de Budapest, Rackeve, Solt chez Laslo et Katarina, siphons d’eau gazeuse


Baja avec nos copains Sud-Africains






Dernier camping sauvage en Hongrie avant Mohács

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